Marx 2018 / samedi 5 mai

Introduction à l'œuvre de Marx

9h30 → 10h00

Hugues Poltier
MER en philosophie politique, Université de Lausanne 

Michel Freitag et Karl Marx sur la nation et le capitalisme contemporain 

10h00 → 11h30 
La société moderne s’est développée sous les auspices du capitalisme, de l’État et de la nation. Si les deux premiers furent d’emblée saisis par la théorie, la dernière n’entra jamais dans la théorie politique et économique moderne. Vis-à-vis de l’État, ou du mode de production (et autres rapports sociaux de production), la théorie a toujours présenté la nation comme « fond de socialité archaïque dont les deux autres procès devaient justement s’abstraire ou s’extraire pour se développer » (Michel Freitag). Prise dans le prisme de la théorie, la nation a fait figure de « couleur locale », scène particulière où se jouait une histoire qui s’accomplissait ailleurs sur d’autres plans.Société libérale des individus libres et émancipés d’un côté, communauté traditionnelle (Gemeinschaft) de l’autre, ont formé, dès le départ, le verrou du schème d’exclusion de la nation comme objet de pensée. Si Karl Marx ne s’est pas préoccupé de théoriser la nation (même s’il s’est souvent montré attentif aux mouvements de libération nationale en tant que leviers, étapes de la révolution socialiste), il a développé en revanche une théorie de la praxis et une critique de l’économie politique, en l’occurrence, une apocalypse du capital (notamment à partir des concepts d’aliénation, d’expropriation, de dépossession) qui nous permettent de formuler une théorie de la nation comme praxis de l’espace, espace de la praxis, mode d’inscription de l’humain dans le monde.La nation est un mode historique du Nomos, une détermination d'espaces et de lieux, un territoire délimité (Ethos), susceptible de recevoir la justice en tant que distribution- restitution de parts. En cela la nation, comme praxis de l'Ethos et du Nomos, s'oppose à la spatialité abstraite et meurtrière du capital dont la logique d'expansion suppose son auto-spatialisation. Nous n'avons plus affaire à une domination politique mais à un attentat ontologique, tel qu'il s'exprime dans l'auto-spatialisation du capital qui tend constamment à dépouiller l'existence humaine de son désir et de sa capacité de créer des formes, de produire l'espace des rapports sociaux et intersubjectifs, condition sine qua non de la reproduction des sociétés. 

Jacques Mascotto
Sociologue québécois, professeur associé après avoir enseigné au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal de 1975 à 2007

Le rôle de la Chine dans la nouvelle division internationale du travail 

11h30 → 13h00
Une nouvelle division internationale du travail s’est mise en place depuis l’émergence de la Chine comme lieu de production majeur de produits manufacturés. Pour y arriver et maintenir sa compétitivité au niveau international, la Chine s’est appuyée sur le faible coût de la main d’œuvre issue de l’exode rural massif qu’elle a connu depuis les années 1980, qui s’est encore renforcé à partir des années 2000. Le faible coût du travail de cette nouvelle frange du prolétariat a pu être maintenu grâce à un système de permis de résidence différentié entre population urbaine et population rurale ou d’origine rurale. Aujourd’hui, la poursuite de la croissance chinoise s’articule avec l’internationalisation de l’économie chinoise. Différentes initiatives du pouvoir chinois comme celle des « nouvelles routes de la soie »  tendent à accréditer la thèse que les investissements productifs chinois effectués dans le monde ont pour but de faciliter l’approvisionnement en matières premières et d’exporter davantage de produits manufacturés à travers le monde. Il convient toutefois de complexifier cette lecture de l’internationalisation des entreprises chinoises au regard de la concurrence qui existe entre elles. 

Antoine Kernen
MER à la Faculté de SSP, Institut des sciences sociales (ISS)

Le travail entre aliénation et émancipation 

14h00 → 15h00
Depuis les Manuscrits de 1844 nombre d'auteurs se sont efforcés d'approfondir la notion d'aliénation du - et par le - travail. Les grandes enquêtes ouvrières publiées au XIXème siècle en donnaient une description circonstanciée. Deux siècles plus tard, l'accroissement des pathologies mentales liées au travail suggère de renouveler l'analyse de l'aliénation. Des travaux cliniques et théoriques sont venus l'enrichir. Mais l'insistance sur l'aliénation depuis deux siècles a fait passer au second plan la place qui pourrait revenir au travail dans le procès d'émancipation; non seulement au plan individuel, mais au plan collectif. Les recherches cliniques de ces dernières années ont permis de mettre au jour les conditions de possibilité de la coopération dans le travail ordinaire. Et dans la suite, d'aborder les relations entre coopération et émancipation par le travail. Ces nouvelles données permettent-elles de penser à nouveaux frais un concept critique de travail ? 

Christophe Dejours 
Psychiatre et psychanalyste, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris (chaire Psychanalyse-Santé-Travail)

Où va le travail aujourd'hui: nouvelles recettes dans vieilles casseroles 

15h00 → 16h00
L'organisation travail a largement évolué depuis les années 70 requérant entre autre une implication totale des individus au projet de l’entreprise, que ce soit dans les usines, les bureaux, les services et le fonction publique. On retrouve cependant les mêmes mécanismes conduisant à la domination et à la subordination: extorsion des savoirs, individualisation et mise en compétition des salariés. De même la division sexuelle du travail et le fait que les femmes ne soient pas considérées comme des professionnelles, qui fut un des éléments du passage du féodalisme au capitalisme, est toujours présente. La conclusion portera sur une réflexion sur les communs comme une tension entre le désir de liberté des personnes et la captation de ces espaces par le capitalisme.
 
Viviane Gonick 
Ergonome à la retraite de l'institut universitaire romand de santé au travail 

Le capitalisme numérique et ses contradictions 

16h00 → 17h00
La question du travail non rémunéré (digital labor) effectué dans l’économie numérique ou encore celle des plateformes créatrices de valeur est aujourd’hui dans toutes les bouches. La « révolution numérique » nous a-t-elle fait entrer dans une nouvelle ère du capitalisme? Pour esquisser une réponse à cette question, je reviendrai sur les principaux traits du capitalisme afin de souligner la pertinence du concept de « capitalisme numérique », et la nécessité d’en déceler les contradictions immanentes - qui laissent entrevoir peut-être de possibles issues. 

Olivier Voirol 
MER, UNIL, LACCUS Laboratoire Capitalisme, Culture, Sociétés 

Le Capital et ses machines: du métier à tisser à l'algorithme 

17h00 → 18h00
Les automates monstrueux des usines de Manchester semblent bien loin des algorithmes silencieux du XXIème siècle, et pourtant, si Marx n’a certes pas pu anticiper le développement du numérique, Le Capital propose une réflexion très puissante sur les différents rôles que joue la technique dans le déploiement du capital. Nous analyserons ainsi la dimension technique de la socialisation du travail d’une part, et de la production des travailleurs d’autre part, pour mieux comprendre la logique à l’oeuvre dans la numérisation des sociétés.

Marc-Antoine Pencolé 
Doctorant contractuel et professeur agrégé, Sophiapol - Université Paris Nanterre 

Soirée aniversaire festive 

19h30
Repas, lecture de textes de Marx par les membres du groupe de préparation



date:

samedi, 05 mai. 2018 à 09:30

prix:

entrée gratuite.-


Marx 2018